Liste des écrits Mgr Bosleslas Sloskans

 Journal de captivité (1933)

Instructions spirituelles au séminaire de Riga (1935-1937)

Introduction à l’Histoire d’une âme de sainte Thérèse de l’E.-J. (1956)

Discours prononcé au Congrès marial à Lourdes : « Marie et l’Église souffrante » (14.3.1958)

Articles publiés

Le temple de Dieu et l’habillement des fidèles (« Katoļu dzeive », 1933, pp. 124-126)

Mes rencontres avec S. E. Mgr Jazeps Rancans (« Dzimtenes balss », 1949, pp. 11-12)

Prions aux intentions du Saint Père (« Dzimtenes balss », 1962 (janvier-février), pp. 3-4)

Lettres

Correspondance (1947-1977)

Lettres pastorales (1952-1966)

Lettres aux prêtres (1955-1962)

Lettres pastorales commune des évêques lettons en exil

Lettre pastorale (18.11.1952)

Lettre pastorale (18.11.1954)

Lettre pastorale (22.08.1955)

Lettre pastorale (18.11.1956)

Lettre pastorale (25.11.1956)

Lettre pastorale (20.11.1960)

Lettre pastorale (7.10.1961)

Autres lettres pastorales (1962-1966)

 

Journal de captivité de Mgr Bosleslas Sloskans (1933)

(publié en français en 1986 : Témoin de Dieu chez les sans-Dieu. Journal de prison de Mgr Sloskans, Aide à l’Église en détresse).

Actualité de ce journal écrit en 1933

Nous sommes faits pour le bonheur. Le livre de la Genèse le révèle de manière imagée. Il parle du jardin d’Éden où Dieu plaça l’homme qu’il avait modelé (cf. Gn 2,8). Ce jardin évoque le bonheur idéal pour lequel Dieu nous a créés. Toutefois, depuis « les origines » (cf. Gn 3), quelque chose a été brisé dans l’homme, dans la société, dans le monde. Saint Paul nous dit que « toute la création jusqu’à ce jour gémit en travail d’enfantement » (Rm 8,22).

Comment alors être encore heureux ? Pour goûter au bonheur, l’homme moderne pense bien souvent qu’il doit tenter de « s’évader » le plus souvent possible, de faire abstraction du mal qui l’entoure et qui le pénètre, d’oublier la mort, la souffrance, l’injustice, la violence, la haine… La société de consommation ne nous propose-t-elle d’ailleurs pas de vivre « comme si » tout cela n’existait pas ou, bientôt, n’existera plus ?

Pourquoi alors être « dérangé » par le mal qu’a subi ou subi telle ou telle personne, qu’ont vécu ou vivent des groupes humains ou des peuples entiers ? Pourquoi, par exemple, s’intéresser à ce qu’a vécu Mgr Boleslas Sloskans dans les prisons et les camps soviétiques, ou encore en déportation en Sibérie ? Pourquoi lire son « journal de captivité » écrit il y a 80 ans à la demande de Pie XI, alors qu’aujourd’hui l’Union soviétique n’existe plus depuis plus de vingt ans et que le communisme « réel » semble relégué dans les oubliettes de l’histoire, même s’il sévit encore dans cinq pays (la Chine, le Vietnam, le Laos, Cuba et surtout la Corée du Nord) ?

L’importance de la connaissance de l’histoire récente constitue certainement une des raisons de l’actualité de ce « journal de captivité » : pour comprendre le présent et construire l’avenir, on ne peut oublier une réalité aussi tragique du XXe s. que fut celle du système soviétique, surtout dans sa période la plus sombre. Avec des millions d’autres personnes, Mgr Boleslas Sloskans en a subi la barbarie. Le seul motif de sa condamnation était d’avoir été l’évêque de Moghilev et de Minsk.

En 1937, à peine cinq jours après son encyclique condamnant le nazisme (« Mit Brennender Sorge »), le pape Pie XI publia l’encyclique « Divini Redemptoris » condamnant le communisme qualifié d’« intrinsèquement pervers » (N° 58). Déjà en 1891, dans son encyclique « Rerum novarum », Léon XIII avait entrevu ce danger. Cent ans après, Jean Paul II lui en reconnut le mérite[1]. Le « journal de captivité » de Mgr Sloskans permet d’accompagner un homme, un chrétien, un évêque, pour découvrir à travers lui, de manière concrète, ce qu’est le premier régime communiste de l’histoire, celui de l’Union soviétique, à partir duquel le communisme « réel » s’est répandu dans le monde entier avec ses 100 millions de morts[2]. Avec sobriété et précision, Mgr Sloskans nous décrit, à travers son expérience, le système pénitentiaire et concentrationnaire soviétique ainsi que le fonctionnement des déportations en Sibérie ; par moment, il éclaire aussi la situation de tout le pays entre les années 1927 et 1933, et tout spécialement celle des chrétiens.

Le totalitarisme soviétique est le premier système dans l’histoire à avoir orchestré de manière systématique la persécution de tous les croyants pour tenter de faire disparaître toute forme de foi en Dieu. C’est donc un système antireligieux, et pas seulement athée, qui illustre, de manière réelle et tragique, les conséquences ultimes de « l’humanisme athée » que le cardinal H. de Lubac, SJ, a si bien cerné. L’Union soviétique a manifesté à quel point la haine de Dieu ne peut être, en même temps, que la haine de l’homme : un système antireligieux ne peut être qu’inhumain, plus encore, antihumain. L’histoire de l’Union soviétique illustre, de manière tragique, l’aboutissement de l’humanisme marxiste, l’un des humanismes antithéistes. H. de Lubac en a décrit les trois formes qui, à des degrés divers, déterminent encore le XXIe siècle, tout spécialement dans le monde occidental : l’humanisme positiviste, l’humanisme marxiste, l’humanisme nietzschéen. « Beaucoup plus qu’un athéisme proprement dit, la négation qui est à la base de chacun d’eux », écrit H. de Lubac, « est un antithéisme, et plus précisément un antichristianisme. Si opposés qu’ils soient entre eux, leurs implications, souterraines et manifestes, sont nombreuses, et de même qu’ils ont un fondement en commun dans leur rejet de Dieu, ils trouvent aussi des aboutissements analogues, dont le principal est l’écrasement de la personne humaine. »[3]

Le « journal de captivité » nous concerne donc par son actualité, surtout si on se rappelle encore que le christianisme est aujourd’hui la religion la plus persécutée au monde et que sa persécution « soft » est bien réelle dans nos démocraties occidentales. Pour le grand Jubilé de l’an 2000, le bienheureux Jean Paul II qui sera bientôt canonisé a d’ailleurs rappelé l’importance de la « mémoire des martyrs » : celle-ci est « un signe permanent, mais aujourd’hui particulièrement éloquent, de la vérité de l’amour chrétien. Il ne faut pas oublier leur témoignage. Ils ont annoncé l’Évangile, donnant leur vie par amour. Le martyre, surtout de nos jours, est signe du plus grand amour qui récapitule toutes les autres valeurs. Son existence reflète la parole suprême prononcée par le Christ en Croix : ‘Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font’ (Lc 23,34). Le croyant qui prend au sérieux sa vocation chrétienne, pour laquelle le martyre est une possibilité déjà annoncée par la Révélation, ne peut exclure cette perspective de l’horizon de sa vie. Les deux mille ans écoulés depuis la naissance du Christ sont marqués par le témoignage persistant des martyrs »[4]. Au terme du XXe siècle, Jean Paul II pouvait encore rappeler : « Ce siècle lui-même, qui arrive à son terme, a connu de très nombreux martyrs, surtout à cause du nazisme, du communisme et des luttes raciales et tribales. »[5]

Le témoignage d’une expérience profondément humaine (retour au début)

En lisant le journal de Mgr Sloskans, on découvre à quel point son témoignage est d’abord le témoignage d’une expérience profondément humaine : c’est Boleslas Sloskans en tant qu’homme que vient à notre rencontre et nous invite à l’accompagner dans l’« enfer » qu’il a vécu. Ce qui est décrit manifeste comment le système répressif soviétique a voulu le détruire physiquement et psychiquement : « Il ne vous reste que la conscience d’être esclave », écrit-il notamment (6 avril 1928). Les conditions dans lesquelles il a dû tenter de survivre fut une expérience extrême qui lui a appris « ce qu’est la vie et les hommes », comme il l’écrit en évoquant la journée du 7 janvier 1933. Il a subi des interrogatoires interminables, il a été torturé, il a connu le rationnement continuel, il a dû travailler jusqu’à l’épuisement complet, il a très souvent vécu dans la puanteur et le froid extrême, il est tombé gravement malade, etc.

Mgr Sloskans traversa tout cela avec un courage hors du commun, en essayant de « se débrouiller » le mieux possible, mais, dans son journal, il ne veut pas se présenter en héros. Il parle de lui sans étalage, avec une grande pudeur. Il ne cache d’ailleurs pas ses moments de faiblesse et il évoque les périodes où il a davantage éprouvé qu’il n’est qu’un pauvre homme. Il écrit, par exemple : « La fatigue venait très vite. On voudrait s’asseoir, se reposer ; l’apathie pour tout vous gagne ; la pensée ne travaille plus » (6 avril 1928). À propos de sa déportation en Sibérie, à Starotouroukhansk, où il a partagé la vie des villageois, il note encore ceci : « Autour de moi je sentais une vie remplie des douleurs de l’esclavage et de la dépendance de l’État, une vie d’irréligion et d’immoralité. Rarement perçait un rayon de soleil dans ces ténèbres spirituelles. En ce qui concerne la religion, les compromis avec le pouvoir soviétique touchaient à la trahison de Dieu et de l’Église. Je redoutais de succomber et de ne pas me laisser contaminer par l’atmosphère qui m’entourait. L’intelligence refusait de travailler, les aspirations vers l’idéal semblaient s’évanouir. J’avais la persuasion que seule la protection de la Très Sainte Vierge me retenait au bord de l’abîme » (1er juillet 1931).

La puissance de l’amour de Dieu à l’œuvre dans la faiblesse extrême (retour au début)

À travers ce témoignage et d’autres remarques de ce genre, l’expérience humaine que Mgr Sloskans partage dans son journal laisse entrevoir la puissance de l’amour de Dieu à l’œuvre dans la faiblesse extrême, la proximité du Christ qui n’est jamais aussi grande que dans les épreuves, comme le manifeste la parabole du jugement dernier de Mt 25 : les six années de captivité ont transfiguré Mgr Sloskans. Dans sa vie s’est réalisé ce que Saint Paul raconte aux Corinthiens. Après avoir demandé au Christ de le délivrer de l’« écharde », l’Apôtre des Nations reçut cette réponse du Christ lui-même : « Ma grâce te suffit : car la puissance se déploie dans la faiblesse » (2 Co 12,9).

Dans son journal, Mgr Sloskans est cependant très discret sur sa vie spirituelle. Il manifeste toutefois l’importance de sa relation avec Dieu dans la prière, tout spécialement dans l’Eucharistie qu’il a essayé de célébrer le plus souvent possible. Habituellement, c’était en cachette, dans des conditions très difficiles. Il a confié plus tard à Mgr H.-M. Janssen que les journées les plus dures étaient celles où il ne pouvait célébrer l’Eucharistie. Dans son journal, il raconte encore que, pour retrouver la paix de l’âme, il a voulu parfois faire une retraite spirituelle pendant plusieurs semaines, en méditant sur les stations du chemin de croix ou les mystères du rosaire. Quand il le pouvait, il se confessait aussi à un prêtre.

Mais Mgr B. Sloskans marchait dans la voie de la sainteté déjà avant son arrestation : parmi les trois candidats à l’épiscopat pour l’Union soviétique, Mgr P.-E. Neveu cita « en tout premier lieu Boleslas Sloskans, très jeune, simple vicaire, mais un saint »[6]. Ses années de captivité l’ont toutefois profondément transformé. Pour mieux le découvrir, il faudra notamment lire la lettre qu’il écrivit à ses parents depuis sa captivité en1928 et qu’on trouve dans l’introduction du Père F. Rouleau qu’il écrivit pour l’édition de 1986, mais qui n’a pas perdu de sa valeur. Elle fut écrite, avant le début du procès de béatification, alors que le mur de Berlin n’était pas encore tombé et que le totalitarisme soviétique était toujours vivant, bien que la perestroïka menée par Mikhaïl Gorbatchev avait déjà commencé depuis 1985.

Pour entrevoir la dimension spirituelle de l’expérience racontée dans le « journal de captivité », il faudra aussi écouter le témoignage du Père W. van Straaten dont un extrait est publié également dans cette introduction. Il faudrait encore entendre les témoignages de tant et tant de personnes qui ont rencontré Mgr Sloskans après sa libération et qui manifestent sa sainteté à l’échelle de toute sa vie. À la fin de sa vie, « il avait acquis l’habitude de prier continuellement », affirme Sr A. B.



[1] Enc. « Centesimus annus », N° 12.

[2] À la différence du nazisme dont l’horreur est bien connue et les méfaits bien étudiés depuis la seconde guerre mondiale, pour des raisons que nous ne développerons pas ici, une étude systématique sur la répression organisée dans les pays communistes n’a vu le jour qu’en 1997 avec l’ouvrage collectif intitulé « Le livre noir du communisme » (Paris, Robert Laffont). Dans cette étude, Stéphane Courtois permet d’établir « un premier bilan chiffré qui n’est encore qu’une approximation minimale et nécessiterait de longues précisions mais qui, selon des estimations personnelles, donne un ordre de grandeur et permet de toucher du doigt la gravité du sujet : URSS, 20 millions de morts ; Chine, 65 millions de morts ; Vietnam, 1 million de morts ; Corée du Nord, 2 millions de morts ; Cambodge, 2 millions de morts ; Europe de l’Est, 1 million de morts ; Amérique latine, 150000 morts ; Afrique, 1,7 million de morts ; Afghanistan, 1,5 million de morts ; mouvement communiste international et partis communistes non au pouvoir, une dizaine de milliers de morts. Le total approche la barre des cents millions de morts » (p. 14). Sur la répression en Union soviétique, on pourra lire la première partie de l’ouvrage : « Un État contre son peuple » (pp. 49-294).

[3] H. de Lubac, « Le drame de l’humanisme athée », Paris, Cerf, 1983 (7ème édition revue et corrigée), p. 8.

[4] Bulle d’indiction du grand Jubilé de l’an 2000 « Incarnationis mysterium », N° 13.

[5] Ibidem.

[6] D’après le témoignage de Mgr M. d’Herbigny (P. Lesourd, « Le jésuite clandestin. Mgr d’Herbigny », Paris, P. Lethielleux, 1976, p. 81).

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