Il avait un profond sens du sacerdoce. Cela explique pourquoi il a non seulement demandé un temps supplémentaire pour son sous-diaconat, mais également pour son ordination sacerdotale. En 1916, après le cursus du séminaire, il a été envoyé pour parfaire ses études à l’Académie de Théologie de Saint-Pétersbourg. Là, avec stupéfaction, on découvrit qu’il n’était pas encore prêtre. C’est alors que l’évêque auxiliaire de Mohilev, Mgr Jan Cieplak, l’ordonna le 21 janvier 1917. Le jeune prêtre avait choisi comme moto les paroles de Saint Paul : « Je dis la vérité en Christ, je ne mens pas : Oui, je souhaiterais d’être moi-même anathème… pour mes frères ». Le jeune prêtre devait encore poursuivre ses études et resta ainsi à Saint-Pétersbourg. Par après B. Sloskans décida de rester en Russie, car il ne voulait pas abandonner les fidèles catholiques dans cette période troublée et difficile pour l’Église catholique en Russie. Nous savons qu’au printemps 1919, il fit la demande de la reconnaissance de sa nationalité lettonne. Au cours de la guerre civile qui avait éclaté en Russie (1917-1922) après la Révolution d’Octobre 1917, la plupart des divisions militaires lettonnes créées pendant la Première Guerre mondiale luttèrent contre l'Allemagne au côté des bolcheviks qui avaient promis la création des pays Baltes indépendants. En 1918, pour la première fois dans l’histoire, la Lettonie acquit son indépendance qui fut reconnue internationalement. Au printemps de 1923, on accorda la nationalité lettonne à B. Sloskans avec la condition que, dans l’année, il quitte l’Union Soviétique. Mais il décida de rester en l’U.R.S.S. et donc est redevenu en 1924 citoyen soviétique, comme il l’explique lui-même : « Je le fis pour ne pas priver les fidèles de mon ministère. Ceci ne fut obtenu qu’à la faveur d’une gratification colossale octroyé à celui dont dépendait la décision à ce sujet (Place Uriskij) ». En été 1918 il fut attaché comme vicaire à l’église de Ste Catherine de Saint-Pétersbourg, sans pourtant en recevoir la nomination. Il y resta jusqu’au moment où il fut appelé à devenir administrateur apostolique de Mohilev et de Minsk. A l'occasion du centenaire de son ordination sacerdotale, nous avons la joie de publier sur notre site une intervention sur Mgr Sloskans, faite par l'archimandrite Serge Gajek et traduite par le Père Claude Robinet, membre de la "Fondation Mgr Sloskans".

 

« Monseigneur Sloskans, homme de vie sainte, homme de paix »,

du Visiteur Apostolique des gréco-catholiques biélorusses, à Riga, 4 octobre 2013.

1. Pour les 120 ans de la naissance de Mgr Sloskans, quelques étapes de son infatigable travail pastoral, de son courage, de son grand témoignage dans les persécutions. C’est la mémoire d’un grand témoin de la foi, de l’espérance, de l’amour, à l’occasion de l’Année de la Foi.

2. Il s’agit d’un témoignage sur le travail pastoral de Mgr Sloskans au service des gréco- catholiques biélorusses et des biélorusses de rite latin en Europe occidentale, en particulier en Belgique, France, Allemagne et Grande-Bretagne. L’évêque Boleslav a été nommé officiellement Visiteur Apostolique pour les gréco-catholiques biélorusses, le 19 janvier 1952, et le 14 février 1953, responsable pour les biélorusses de rite latin en Europe occidentale. Mais déjà avant cela, il visitait et soutenait par son aide spirituelle les émigrants biélorusses qui étudiaient à l’Université de Louvain. Il était fort intéressé par la croissance spirituelle et culturelle parmi les jeunes étudiants et intellectuels biélorusses. Sa participation à la Première Semaine Scientifique, organisée par l’Association catholique universitaire biélorusse « Run’ » (« Blé d’automne »), au monastère de Chevetogne du 16 au 21 juillet 1951, a été un grand encouragement pour les jeunes émigrés biélorusses.

Pour la vie spirituelle et culturelle des biélorusses en Occident était également important le soutien que l’évêque Boleslav démontrait à l’égard du célèbre musicien biélorusse Mikolaj Ravenskij (décédé à Louvain en 1953), auteur de l’hymne religieux biélorusse « Mahutnij Boza » (« Dieu puissant »).

La participation active de l’évêque Boleslav à la vie spirituelle et culturelle des biélorusses de la diaspora s’est manifestée dans l’aide matérielle et morale aux revues catholiques biélorusses « Znic » (« Feu sacré »), (éditée à Rome) et « Bozim Sliaham » (« Au pas de Dieu ») (éditée à Paris).

3. Le plus grand mérite de l’évêque Sloskans pour les besoins pastoraux des biélorusses dans l’émigration est le fait que lui, comme Visiteur apostolique des biélorusses de la diaspora, ait appuyé la lettre que les prêtres biélorusses, à la fin de leur rencontre avec le Pape Jean XXIII, le 6 juin 1960, lui ont présentée, avec la demande de nommer un évêque ordinaire pour les biélorusses catholiques. La lettre-mémorial a été signée par l’évêque Sloskans et les prêtres qui s’occupaient de la cure pastorale des émigrés biélorusses des deux rites en Europe occidentale.

Et, en vérité, le 2 juillet 1960, le Pape Jean XXIII a nommé le Père Ceslav Sipovic, M.I.C., Recteur de la Mission biélorusse à Londres, comme le premier évêque biélorusse depuis la suppression, en 1839, des structures de l’Eglise uniate (gréco-catholique) par les autorités tsaristes de l’Empire russe.

Les deux évêques ont été unis par un profond lien fraternel jusqu’à leur mort. Ils sont morts tous les deux la même année : l’évêque Boleslav Sloskans, le 18 avril 1981 ; l’évêque Ceslav Sipovic, le 4 octobre 1981. Leur fraternité était également un signe important de la fraternité entre les peuples letton et biélorusse.

Plus tard, l’évêque Ceslav Sipovic fut nommé Visiteur apostolique pour les biélorusses hors-frontières. C’est en cette qualité qu’il a participé aux 4 sessions du Concile Vatican II.

Pendant la période sombre de l’occupation soviétique de la Biélorussie, de l’athéisme et de la dénationalisation du peuple biélorusse dans sa Patrie, le service pastoral de l’évêque Ceslav Sipovic parmi les biélorusses dans le monde libre représentait un signe d’espoir et de consolation.

4. L’évêque Boleslav Sloskans reste dans la mémoire reconnaissante des biélorusses en Biélorussie et à l’étranger. L’héritage spirituel du Serviteur de Dieu, l’évêque Boleslav Sloskans, est aujourd’hui très actuel et important pour les chrétiens en Biélorussie. Je veux simplement rappeler ici, souligne le Père Gajek, le Symposium consacré à la mémoire de l’évêque Boleslav Sloskans qui a été organisé au mois de mai 2012 par la paroisse catholique de Moghilev, sous le patronage du métropolite de Minsk-Moghilev, l’archevêque Taddeusz Kondrusiewicz, et avec la présence précieuse et désirée, d’une délégation de l’Eglise catholique en Lettonie, sous la présidence du cardinal Janis Pujats.

Les biélorusses à l’étranger honorent, eux aussi, la mémoire de l’évêque Boleslav. En particulier, le souvenir de sa personne et de son intercession céleste, est très cher aux gréco-catholiques biélorusses en Belgique.

Dans la paroisse gréco-catholique de la Résurrection du Christ à Anvers, le dimanche 6 octobre 2013, a été célébrée une Divine Liturgie pour la béatification du serviteur de Dieu, l’évêque Boleslav. Et le 4 octobre 2013, dans la paroisse gréco-catholique de Saint-Joseph, à Minsk, a eu lieu une célébration à la mémoire de l’évêque Boleslav Sloskans et de l’évêque Ceslav Sipovic (qui est décédé le 4 octobre 1981).

L’archiprêtre Alexander Nadson, décédé à Londres en 2016, et qui était le successeur de Mgr Sipovic comme Visiteur Apostolique des biélorusses de la Diaspora, dans son livre « Ceslav Sipovic, prêtre et biélorusse), écrit ceci à propos de Mgr Sloskans : « C’était un homme d’une vie sainte. Les années de captivité, quand il lui a été donné de témoigner de sa foi au Christ en même temps que des évêques et des prêtres orthodoxes en captivité, et aussi les années de l’exil, lui ont donné la possibilité de connaître et d’aimer plus profondément le peuple russe. Elles ont renforcé son désir de l’unité entre les catholiques et les orthodoxes. Et cela ne l’a pas empêché de respecter et d’aimer de manière égale les autres, en particulier, les biélorusses. Un homme de paix, loin de la politique, il a souffert de tous les conflits et incompréhensions nationaux et religieux. » (Nadson, Sipovic, chap. 8).

Ce témoignage correspond pleinement à ce que, encore du vivant de l’évêque Boleslav, le Père Serge Gajek a eu l’occasion d’entendre en Belgique, à Bruxelles, de la bouche d’Irène Posnova, directrice des éditions « La Vie avec Dieu », éditions œcuméniques, auxquelles Mgr Sloskans a témoigné un soutien total, et auprès desquelles, pour la première fois en Occident ont été publiés les livres du Père Alexandre Men’ .

                                              

                                                                       Conférence prononcée par l’archimandrite Serge

                                                                       Gajek, M.I.C., en 2013, à Riga (Lettonie)

                                                                       Traduction : archimandrite Claude Robinet, S.J.

 

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