Le sens des souffrances et du sacrifice pour les frères

La dimension sacerdotale de la personnalité spirituelle de Mgr Sloskans apparaît tout particulièrement dans l’importance qu’il accordait au sacrifice pour les frères. C’est le sens qu’il donna aux souffrances qu’il endura en captivité, mais aussi tout au long de sa vie, en raison de sa santé fragile et à cause de la destinée tragique de la Russie, de la Biélorussie et de la Lettonie.

Le sacrifice que vivait Mgr Sloskans manifeste une force spirituelle extraordinaire, mais aussi un amour immense pour le Christ, pour l’Église et pour ses frères, les hommes. C’est ce qui apparaît tout particulièrement pendant les années de captivité. Après la guerre, quand il parlait de ces années, il témoignait souvent de ce qu’il avait accepté de mourir.

La force de son âme, son amour de l’Église et des hommes se manifestent tout spécialement dans un événement qu’il vécut en détention : « À Moscou, dans la prison de Loubianka, mes “anges gardiens” (c’est ainsi qu’il appelait ses tortionnaires) utilisaient diverses méthodes de torture. Cela n’avait pas de limites. (…) Ils faisaient de moi ce qu’ils voulaient. (…) Ils voulaient que je maudisse l’Église catholique, le Pape etc. Ils étaient comme des enfants qui ont trouvé un nouveau jeu et une victime pour leur jeu. (…) Je ne faisais que prier pour eux et je leur ai souri… Évidemment, cela les rendait encore plus agressifs et l’un deux s’écria : “Quoi, tu souris !”. Je répondis : “Oui, je souris parce que je suis libre, mais vous, vous n’êtes pas libres” ».[1]

Après sa libération, jusqu’à la fin de sa vie, le sacrifice eut une place importante dans la vie de Mgr Sloskans. Les conseils qu’il donnait montrent que, pour lui, le sacrifice n’était pas d’abord lié à une mortification excessive, mais à la manière de supporter les difficultés de la vie. Lui-même, il les supportait avec amour, avec foi et patience. La science de la croix dont vivait le vénérable évêque et qu’il enseignait était éclairée par une immense confiance en Dieu et un esprit de pardon à l’égard de ceux qui l’avaient persécuté. Mgr Sloskans souhaitait que tous aient la même attitude à l’égard de ses persécuteurs.

En célébrant le Saint Sacrifice de la Messe, en intercédant et en se sacrifiant pour ses frères avec un amour, une foi et une espérance extraordinaires, Mgr Sloskans accomplissait déjà son ministère d’évêque. C’est ainsi qu’il fut le pasteur de ses brebis dans les îles Solovki, en Sibérie et pendant les années où il vécut à l’abbaye du Mont-César. Mais comment a-t-il accompli ses autres devoirs d’évêque, ceux que l’on qualifie habituellement de « pastoraux » ? Tentons de répondre à cette question.



[1] Mgr A. Smelters, Katoļu Baznīcas Vēstnesis, 157 (19, 2000), p. 7.

 

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