Une image vivante du bon Pasteur, doux et humble de coeur

Une période décisive : les années passées en captivité

La renommée de sainteté a accompagné Mgr Sloskans tout au long de sa vie. Mais les années que Mgr Sloskans passa en captivité, dans les camps des îles Solovki, puis en deportation, en Sibérie, le marquèrent profondément et furent décisives dans sa configuration au Christ. Ce qu’il y vécut dans des conditions extrêmes ne fut pas qu’une simple période de transition : ces années furent comme un fourneau qui transforma profondément son âme ; les traits principaux de sa figure spirituelle y furent dessinés. Sa personnalité y devint, au plus haut degré, sacerdotale, mariale et thérésienne. Pendant les 48 ans que Mgr Sloskans vécut après sa libération, ces traits devinrent encore plus expressifs, mais l’essentiel avait été mis en place pendant les 6 ans de captivité.

 

Une âme de prêtre

Durant cette période, son âme devint tout particulièrement sacerdotale. Au séminaire, le jeune Boleslas avait déjà une si haute idée du sacerdoce qu’il ne s’en sentait pas digne. Quand il fut ordonné évêque, il choisit comme devise : Hostia pro fratribus (« Offrande pour les frères »). Cette devise tellement sacerdotale prit tout son sens quand Mgr Sloskans fut emprisonné pour la seule raison qu’il était le pasteur des diocèses de Moghilev et de Minsk. Pendant les trois dernières années passées en captivité, les autorités voulurent extorquer de Mgr Sloskans un aveu d’espionnage. Il répondit chaque fois : « Tout en sachant bien que je suis innocent, vous voulez me tuer comme espion, mais je veux mourir comme martyr de la sainte Église »[1]. En captivité, son âme sacerdotale se manifesta aussi par son amour de l’Eucharistie. La Sainte Messe lui était si importante qu’il la célébra dans les circonstances les plus difficiles et les plus périlleuses. Il confia plus tard à Mgr H.-M. Janssen que les jours les plus durs furent ceux où il ne pouvait célébrer l’Eucharistie.



[1] Témoignage rapporté par le Père Werenfried Van Straaten (Bulletin de l’AED, juillet 1981).

 

Découverte de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus

Il faut encore souligner que c’est en déportation qu’il découvrit sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus : « Ce fut en 1931, dans une cellule d’isolement, à Touroukhansk, en Sibérie, que me parvint l’Histoire d’une âme, édition française de 1910. J’ouvris le livre, et, dès les premières pages, mes larmes coulèrent… Et, quand j’eus fini, je m’écriai : “Soror mea carissima, ma Sœur très chère !” Je ne pouvais plus que l’appeler ainsi ! Désormais je n’étais plus seul. Cette bien-aimée Sœur du Ciel me soutint dans l’épreuve ; sans la voir, je la sentais sans cesse auprès de moi, son influence bienfaisante me fortifiait. Je nourrissais mon âme de ses paroles, j’ai appris par cœur son Acte d’offrande à l’Amour miséricordieux et je le récitais souvent. (…) C’est elle qui m’a donné de comprendre la voie royale de l’enfance spirituelle et le grand désir de suivre ses pas, ma vie entière »[1].

Considérons à présent la figure spirituelle de l’évêque dans le contexte de toute sa vie.



[1] Annales de Lisieux, 9 (10, octobre 1933), pp. 294-295.

 

Sa grâce mariale

Les années passées en captivité permirent encore à Mgr Sloskans de grandir dans sa grâce mariale. Déjà comme enfant, il avait appris à se confier à la Vierge Marie. Mais, en captivité, cette confiance est devenue héroïque. Dans son journal de captivité, il écrivit le 24 septembre 1927 : « Je demandais à Notre-Seigneur et à Sa Très Sainte Mère de m’envoyer plutôt la mort que de permettre que, par ma faute, l’Église ait à souffrir ». Le 1er juillet 1931, il écrivit : « Je redoutais de succomber et de me laisser contaminer par l’atmosphère qui m’entourait. L’intelligence refusait de travailler, les aspirations vers l’idéal semblaient s’évanouir. J’avais la persuasion que seule la protection de la Très Sainte Vierge me retenait au bord de l’abîme ».

 

La relation de Mgr Sloskans avec Dieu

Nous ne pourrions comprendre ce qu’est Mgr Sloskans si nous ne découvrions à quel point sa vie spirituelle était enracinée dans sa relation avec Dieu. C’est ce que manifestent ses enseignements et les conseils qu’il donna. Des témoins racontent que, lorsqu’il était Père spirituel du séminaire de Riga, il enseignait ce que sont les relations vivantes avec Dieu. On retrouve un enseignement semblable après la guerre, à Louvain, en Belgique.

Il parlait volontiers du Dieu-Amour : Dieu qui est Amour appelle les hommes à l’amour. C’est ce que Mgr Sloskans mit tout particulièrement en évidence dans la préface de la traduction en langue lettonne de l’Histoire d’une âme : « Gloire et louange éternelle à toi, Dieu d’Amour, qui a mis en l’homme non seulement une âme immortelle, mais aussi un cœur vivant et fait pour aimer, en lui donnant le premier et le plus grand commandement : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur ! ». Dans cette préface, le mot « cœur » est souvent employé. En deux pages, Mgr Sloskans essaie de caractériser, d’une manière très humaine et très délicate, ce qu’est le cœur d’une mère, d’un père, d’un jeune ou d’une femme adulte. Cette approche qui intègre les sentiments ne reflète pas un sentimentalisme mièvre, mais une spiritualité très humaine.

Pour Mgr Sloskans, la vocation de l’homme à l’amour fut une vocation à une communion profonde avec Dieu, et donc, une vocation à la prière, puisque la prière permet de vivre cette communion avec plus d’intensité. Mgr Sloskans était lui-même un homme de prière remarquable. À l’abbaye du Mont-César, il commençait sa journée à 5 heures du matin avec la prière, la méditation et l’Eucharistie. Pendant la journée il allait souvent à la chapelle pour y rester plusieurs heures en prière. À la fin de sa vie, il priait en permanence.

Essayons d’entrer quelque peu dans le mystère de cette prière.

 

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